mercredi 10 janvier 2018

Rêve de désert



Et c'est cela le désert,
un silence qui parle,
une plénitude à faire rêver les rêves.

(Blanche de Richemont)

Je nourris un rêve en ce début d’année. C’est un rêve qui va s’incarner. En effet, je vais aller en mars prochain marcher dans le Sahara marocain avec des amis et un groupe de rêveurs. Cela fait longtemps que le désert m’appelle. Je l’ai déjà rencontré en Arizona, où il est peuplé de cactus et de rêves d’enfant avec des galops de chevaux sauvages dans des décors époustouflants de terre rouge et de mesa démesurées. Soudain, là-bas, on passe derrière le carton-pâte des western et on se rend compte que rien du technicolor ou du cinéma 3D ne saura rendre compte de l’immensité sauvage qui nous habite et ressort soudain en horizon illimité dans laquelle nous retrouvons notre juste place sur terre, celle d’un point qui embrasse l’infini. J’y ai vécu une sorte de coup de foudre, où quand l’expression qui veut que « le ciel nous tombe sur la tête » n’est pas faite de vains mots. S’il est un endroit où le ciel est bien vivant, piqueté de myriades d’étoiles et tout ouvert, c’est bien le désert…

Cette fois, le rendez-vous est avec le désert de dunes que parcourent depuis des temps immémoriaux les Touaregs. Nous y marcherons en silence, à l’écoute des rêves et des moindres mouvements de l’âme, car toute marche dans le désert s’apparente à une quête de vision, est une rencontre avec soi-même.

T.E. Lawrence, l’auteur des Sept piliers de la sagesse, écrivait :

« L'appel du désert, pour les penseurs de la ville, a toujours été irrésistible: je ne crois pas qu'ils y trouvent Dieu, mais ils y entendent plus distinctement dans la solitude le verbe vivant qu'ils y apportent avec eux. »

De tous temps, voyants et visionnaires, ces chamans qu’étaient les prophètes, sont allés dans le désert à la rencontre de l’inspiration, du souffle qui les transporterait au-delà d’eux-mêmes. C’est le lieu privilégié d’un ressourcement essentiel car on s’y trouve immédiatement dépouillé de tous les appendices artificiels qui prétendent être indispensables à notre existence. Tout à coup, nous voilà inatteignables par les nouvelles du monde qui peut continuer à tourner sans nous, hors des réseaux sociaux, des mailles du grand filet communicationnel qui nous maintient sans cesse à la surface de notre être. C’est une petite mort. D’une façon ou d’une autre, même marchant avec d’autres, le désert nous reflète notre incontournable solitude existentielle, celle-là même que nous passons tellement de temps à éviter par tous les moyens. Elle nous tend alors les bras et nous invite à la rencontrer, à l’épouser ne serait-ce que pour le moment fugitif d’une traversée du désert. Le silence s’impose, et avec lui, la profondeur intérieure dans laquelle nous allons puiser à la Source.

Nous sommes rendus à ce que Rilke appelait l’Ouvert, dans lequel tout se recrée en permanence, et il apparait que l’immensité au dehors reflète l’immensité vivante en dedans dont le murmure peut enfin prendre voix, se faire entendre.

« Homme, il faut savoir te taire pour écouter le chant de l'espace. Qui affirme que la lumière et l'ombre ne parlent pas ? » (Proverbe touareg)

Dans le désert, la terre et le ciel se rencontrent et s’unissent. On comprend que les anciens Égyptiens aient vu l’origine de tout dans la rencontre amoureuse de Geb et de Nout, le Père Terre et la Mère Ciel, et que cela ait pris une ruse pour les séparer et qu’enfin les dieux civilisateurs, le grand Osiris et la belle Isis, le vindicatif Seth et la mystérieuse Nephtys, viennent au monde. Les grands espaces désertiques sont peuplés de légendes et de mythes encore vivants dans le silence…

« Le désert est une femme nue qui se prélasse, fière de la beauté de ses rondeurs, brûlante sous un soleil de feu. Cette femme nue est indifférente aux regards, et de ses superbes formes naissent le désir. Sa nudité éveille les passions endormies, elle nous dénude. Son incroyable beauté vient des dieux. Ils ont tracé sur son corps des lignes aussi pures que le ciel. Cette nudité, loin d'être provocante, est dépouillement. Elle n'est pas un appel à la luxure mais à la paix. » (Blanche de Richemont)

Le désert est la patrie naturelle des rêves qui jaillissent comme la source d’eau vive qui, appelée par l’immensité, vient irriguer l’espace. Y pénétrer, c’est entrer nécessairement dans un rite de passage, un espace de transformation où l’âme va pouvoir affleurer. On ne peut que se perdre soi-même au contact de la vastitude, et c’est bien sûr pour mieux se retrouver, renouvelé, régénéré. Nous ne saurions conquérir la grandeur qui s’ouvre alors à nous, c’est elle qui nous conquiert. Ou comme nous le dit Isabelle Eberhardt :

« J'ai voulu posséder le désert et le désert m'a possédé ».

Mais autant il nous dépouille de tout ce qui nous encombre et qui appartient déjà au passé, autant le désert nous rend à nous-mêmes. Marie Hunter Austin l’écrit magnifiquement :

« Pour tout ce que le désert prend à l'homme il donne une contrepartie, des respirations profondes, un sommeil profond et la communion des étoiles. Il nous vient à l'esprit avec une force renouvelée, dans les silences de la nuit. »

Il s’agit d’aller rencontrer ce désert à l’intérieur, car alors c’est un chemin qui se trace de lui-même. Blanche de Richemont, dans son Éloge du désert, montre cette voie :

« Après quelques jours dans ce pays des sables, les pas qui avancent ne cherchent plus à s'illusionner, ils voient clair sur leur route. Et un pas qui sait, qui comprend d'où il vient, ne sait pas toujours où il va, mais il marche avec plus d'assurance. »

Je laisserai le dernier mot de ce billet à Albert Camus qui dit enfin tout ce que nous pouvons espérer en allant dans le désert, et à quel point c’est un lieu propice à la réconciliation avec la vie, le monde, soi-même :

« Mais à vivre dans le désert, on apprend à recevoir du même cœur le dénuement et la profusion. L’éternité du monde est fugitive, la fleur d’un seul jour justifie à certains instants toute l’histoire des hommes. » 


Méditations, marches, contemplation, chants, cercles de parole et loges de rêves...

Accompagnement :

- Caroline Von Bibikow, communicologue,  femme de désert et de rituels - www.komuniki.be
- Raphaël Collignon : musicien, accordeur d'âmes (professeur de yoga et thérapeute énergéticien) - www.soins-et-lumiere.com

- Jean Gagliardi...

Plus d'information : http://ecoledepierre.be/desert/Méharéepourtous.html

+32 495 505 407 ou info@komuniki.be


1 commentaire:

  1. Je connais un peu le désert de la Mauritanie, du Maroc et de Tunisie mais à vrai dire je rêve surtout d'aller dans le désert comme Jésus, plusieurs jours sans boire ni manger c'est surement le trip ultime questions visions et expériences mystiques peut être sous haute dose de marijuana pour pas que ce soit trop facile quand même histoire de tater du Diable... mais je suis devenu un gros bourge comme Mooji et je ne peux pas passer 6 heures sans ouvrir mon frigo qui est pourtant toujours vide...les forces lucifériennes sont vraiment actives en ce moment. Il faut vraiment que je me ressaisisse.

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